La coupure d'internet en Iran bat un triste record

L'Iran connaît actuellement la plus longue coupure d'internet nationale jamais enregistrée, selon l'organisation de surveillance NetBlocks. Cette interruption s'étend au-delà de 37 jours, coupant des millions de citoyens d'internet au milieu des tensions croissantes liées au conflit américano-israélien dans la région. Il s'agit d'un jalon qu'aucun pays ne devrait vouloir détenir, et il soulève des questions urgentes sur l'accès à l'information, la sécurité personnelle et les limites du contrôle étatique sur les infrastructures numériques.

NetBlocks, qui suit les perturbations d'internet dans le monde entier, a confirmé que cette coupure était la plus grave interruption nationale de son histoire enregistrée. Les précédentes coupures en Iran, notamment celle de novembre 2019 qui avait accompagné les protestations contre les carburants, n'avaient duré que quelques jours. Ce qui se passe aujourd'hui est catégoriquement différent, tant par son ampleur que par sa durée.

À quoi ressemble concrètement une coupure d'internet nationale

Une coupure d'internet nationale ne se résume pas à une connectivité lente ou à des sites web bloqués. Cela signifie que l'accès à l'internet mondial est coupé au niveau des infrastructures, généralement par des ordres imposés par le gouvernement aux fournisseurs d'accès à internet. Les applications de messagerie, les sites d'information, les plateformes de réseaux sociaux, les services financiers et les outils de communication s'éteignent tous simultanément.

Pour les Iraniens ordinaires, cela signifie être coupés des membres de leur famille à l'étranger, dans l'incapacité d'accéder aux services bancaires qui dépendent de la vérification en ligne, bloqués des informations internationales et isolés de toute perspective extérieure sur les événements qui se déroulent autour d'eux. Les entreprises qui dépendent des outils numériques sont effectivement paralysées. Les journalistes ne peuvent pas transmettre leurs reportages. Les militants ne peuvent ni s'organiser ni documenter ce dont ils sont témoins.

Le coût humain des coupures d'internet prolongées est bien documenté. L'accès à l'information en période de conflit n'est pas un luxe. C'est une question de sécurité, et dans certains cas de survie.

Les citoyens se tournent vers des alternatives, mais les risques sont réels

Face à une quasi-totale coupure des communications, certains Iraniens se sont tournés vers des services d'internet par satellite tels que Starlink pour maintenir leur connectivité. Starlink, exploité par SpaceX, peut contourner les contrôles des infrastructures au niveau local car il achemine l'accès à internet via un réseau de satellites en orbite basse plutôt que par les opérateurs télécoms locaux.

Cependant, le gouvernement iranien a clairement indiqué que l'utilisation de services d'internet par satellite non autorisés est illégale et entraîne de graves conséquences. Les autorités ont averti que les personnes surprises à utiliser Starlink ou des services similaires risquent l'arrestation et d'importantes sanctions pénales. Pour de nombreux citoyens, le calcul devient douloureux : accepter un isolement total ou prendre un risque juridique sérieux pour rester connectés.

Cette dynamique illustre un schéma observé dans les coupures d'internet autoritaires. Les gouvernements ne se contentent pas de couper l'accès et de s'en aller. Ils s'emploient également à criminaliser les outils utilisés par les populations pour contourner la coupure, créant un effet dissuasif qui étend la portée de l'interruption au-delà de ses limites techniques.

La technologie VPN a historiquement servi de solution de contournement partielle lors d'événements de censure, bien que son efficacité dépende largement de la nature de la coupure elle-même. Dans une interruption complète au niveau des infrastructures, même les VPN se heurtent à des limitations significatives. Cela dit, lors de coupures partielles ou dans des situations où une certaine connectivité subsiste, les VPN peuvent aider les utilisateurs à chiffrer leur trafic et à accéder aux contenus bloqués. Dans toute la région et dans de nombreux pays appliquant des politiques internet restrictives, les VPN restent l'un des rares outils disponibles pour les personnes ordinaires cherchant à accéder à des informations non censurées.

Ce que cela signifie pour vous

Pour ceux qui se trouvent en dehors de l'Iran, cette coupure rappelle à quel point l'accès à internet peut être fragile lorsqu'il dépend entièrement d'une infrastructure contrôlée par le gouvernement. Dans de nombreuses régions du monde, l'accès à internet est traité comme une utilité publique au même titre que l'électricité ou l'eau, mais sans les mêmes protections juridiques contre une suppression arbitraire.

Cette coupure record met également en lumière l'importance croissante des droits numériques en tant que question de droits humains. Les organisations internationales, les groupes de défense de la liberté de la presse et les organismes de défense des droits humains ont constamment soutenu que les coupures d'internet intentionnelles violent les droits fondamentaux à la liberté d'expression et à l'accès à l'information.

Pour les personnes vivant dans des pays aux environnements internet restrictifs ou s'y rendant, il est essentiel de comprendre ses outils numériques et leurs limites. Les VPN peuvent offrir une protection significative dans de nombreux scénarios de censure, mais aucun outil unique n'est une solution complète, et les risques juridiques liés à l'utilisation d'outils de contournement varient considérablement d'un pays à l'autre.

Points essentiels à retenir

  • La coupure d'internet en Iran a dépassé 37 jours, en faisant la plus longue interruption nationale jamais enregistrée par NetBlocks.
  • La coupure est liée au conflit régional plus large impliquant les États-Unis et Israël, et touche des millions de citoyens ordinaires.
  • Certains Iraniens se tournent vers l'internet par satellite comme Starlink, mais cela comporte de réels risques juridiques, notamment l'arrestation.
  • Les coupures complètes au niveau des infrastructures limitent l'efficacité de la plupart des outils de contournement, y compris les VPN.
  • Les coupures d'internet sont de plus en plus reconnues comme des violations des droits humains, et la sensibilisation aux droits numériques est importante pour tous, pas seulement pour ceux qui sont actuellement touchés.

Alors que la situation continue d'évoluer, se tenir informé grâce à des reportages fiables reste l'une des choses les plus importantes que quiconque se trouvant en dehors de la zone de coupure puisse faire. Pour ceux qui se trouvent à l'intérieur, la priorité est d'abord la sécurité, et toute démarche vers la connectivité doit être entreprise en comprenant clairement les risques encourus.