Une nouvelle ligne tracée dans le sable concernant la surveillance gouvernementale

Un projet de loi nouvellement présenté au Congrès interdirait aux agences fédérales d’acheter, de déployer, d’exploiter, d’accéder ou de conclure des contrats pour des systèmes de surveillance automatisés qui identifient, suivent ou enregistrent des individus. Cela inclut les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation (LAPI), la technologie de reconnaissance faciale, les systèmes d’identification biométrique et tout autre outil qui conserve des données d’identification personnelle collectées par des méthodes de surveillance de masse.

S’il est adopté, ce projet de loi constituerait l’une des restrictions fédérales les plus directes à ce jour sur l’utilisation croissante des outils de suivi de localisation et de surveillance biométrique par les agences gouvernementales. Pendant des années, les réseaux de LAPI et les systèmes de reconnaissance faciale se sont développés discrètement dans les forces de l’ordre fédérales, étatiques et locales, souvent sans législation spécifique régissant la collecte, le partage ou le stockage des données.

Comment fonctionnent réellement les LAPI et la reconnaissance faciale

Les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation sont des systèmes de caméras, souvent installés sur des voitures de patrouille, des ponts autoroutiers ou des poteaux fixes, qui photographient la plaque de chaque véhicule qui passe et enregistrent l’heure, la date et la localisation GPS. Ces données ne capturent pas seulement les personnes soupçonnées d’un crime. Elles capturent tous ceux qui circulent, créant un historique consultable des déplacements des véhicules au fil du temps.

Les systèmes de reconnaissance faciale et d’identification biométrique fonctionnent de manière similaire, mais au lieu des plaques, ils scannent et comparent les visages, les empreintes digitales ou d’autres identifiants physiques avec des bases de données stockées. Une fois combinées, ces technologies peuvent dresser un tableau détaillé des déplacements d’une personne (où elle va, quand et à quelle fréquence), le tout sans mandat ni à l’insu de la personne concernée.

Le texte du projet de loi est volontairement large. Il ne vise pas seulement les LAPI nommément. Il s’étend à « tout autre système » qui conserve des informations d’identification personnelle collectées par suivi automatisé, ce qui suggère que les législateurs tentent de prendre de l’avance sur les nouvelles technologies de surveillance avant qu’elles ne s’enracinent dans l’usage fédéral.

Ce que le projet de loi changerait (et ne changerait pas)

L’interdiction proposée s’applique spécifiquement aux agences fédérales. C’est une distinction importante. Les services de police locaux, les patrouilles routières des États et les entreprises privées qui exploitent des réseaux de LAPI ne seraient pas directement concernés par cette législation. De nombreuses agences locales utilisent déjà abondamment les systèmes de LAPI, partageant parfois les données avec des bases de données fédérales ou des fournisseurs privés, et ce projet de loi ne démantèlerait pas ces programmes locaux existants.

Ce qu’il ferait, c’est couper la capacité du gouvernement fédéral d’acheter, de déployer ou d’accéder directement à ces systèmes, et il empêcherait les agences fédérales de contourner cette limite en passant des contrats avec des fournisseurs tiers. Ce dernier point est important, car une parade courante pour les agences confrontées à des restrictions de surveillance a été d’acheter l’accès aux données auprès d’entreprises privées plutôt que d’exploiter elles-mêmes la technologie.

Ce clivage entre le niveau fédéral et les États en matière de surveillance n’est pas propre aux États-Unis. Dans le monde entier, les gouvernements évoluent dans des directions très différentes concernant les technologies de suivi et les outils de protection de la vie privée. Certains pays durcissent les restrictions sur les outils mêmes que les gens utilisent pour protéger leur vie privée en ligne, comme le montre la répression croissante des VPN en Russie, tandis que ce projet de loi américain s’oriente plutôt vers la limitation des capacités de surveillance gouvernementale. Ce contraste souligne à quel point les politiques de surveillance et de vie privée peuvent tirer dans des directions opposées selon le côté de la caméra où l’on se trouve.

Ce que cela signifie pour vous

Si vous conduisez, votre plaque d’immatriculation a presque certainement été photographiée par un système LAPI à un moment donné, que ce soit par un poste de péage, une voiture de patrouille garée ou le réseau de caméras d’une entreprise privée. La plupart des conducteurs ne savent jamais quand ni à quelle fréquence cela se produit, et les données peuvent rester dans des bases de données pendant des mois ou des années selon la politique de conservation de l’opérateur du système.

Ce projet de loi, s’il est adopté, n’effacerait pas cette réalité du jour au lendemain. Les réseaux de LAPI locaux et privés continueraient à fonctionner comme avant. Mais une interdiction fédérale d’achat et d’accès par le gouvernement créerait un précédent significatif, susceptible d’influencer la manière dont d’autres agences et même les législatures des États aborderont les achats de surveillance à l’avenir. Les défenseurs des droits numériques soutiennent depuis longtemps que les outils de surveillance de masse se développent plus vite que les lois censées les encadrer, et ce projet de loi représente une tentative de freiner cette tendance au niveau fédéral avant qu’elle ne se normalise davantage.

Pour le lecteur ordinaire, l’impact pratique est pour l’instant limité, car le projet de loi devrait être adopté par les deux chambres du Congrès et promulgué avant que les restrictions n’entrent en vigueur. Ce type d’initiatives législatives rencontre souvent un long parcours, d’autant plus que les services répressifs qui s’appuient sur les données des LAPI pour leurs enquêtes ont des intérêts opposés.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Si la protection de la vie privée et le contrôle de la surveillance vous tiennent à cœur, voici quelques actions utiles. Suivez l’avancée du projet de loi au Congrès si vous souhaitez rester informé de son éventuelle sortie de commission. Contactez vos représentants si vous avez une opinion tranchée sur la politique fédérale de surveillance, car les commentaires du public peuvent influencer la rapidité avec laquelle les projets de loi avancent ou sont modifiés. Et gardez à l’esprit que l’utilisation des LAPI et de la reconnaissance faciale au niveau des États et des collectivités locales resterait largement inchangée par ce projet de loi spécifique, de sorte qu’un plaidoyer distinct pourrait être nécessaire si vous êtes préoccupé par la surveillance plus proche de chez vous.

Cette législation n’en est qu’à ses débuts, mais elle reflète une conversation plus large qui se tient tant dans les parlements des États qu’au Congrès sur l’endroit où tracer la limite entre les outils de sécurité publique et la surveillance sans contrôle.