La police de Montréal fait face à des critiques croissantes concernant son utilisation de lecteurs automatisés de plaques d’immatriculation (LAPI) équipés d’intelligence artificielle, une technologie qui scanne et enregistre les plaques des véhicules en temps réel au passage des voitures. Les dispositifs de fournisseurs comme Flock et Cloudrunner sont devenus le dernier point de friction dans un débat plus large sur la mesure dans laquelle les forces de l’ordre devraient être autorisées à collecter des données sur des conducteurs ordinaires qui ne sont soupçonnés d’aucun crime.
La controverse s’est intensifiée après qu’une enquête de Radio-Canada a incité la police de Montréal à retirer une caméra de surveillance à haute puissance de la vue du public. Ce reportage a soulevé des questions inconfortables sur qui a accès aux données que ces systèmes collectent, combien de temps elles sont conservées, et si les caméras sont utilisées strictement à des fins policières légitimes ou pour quelque chose de bien plus vaste.
Comment fonctionnent les caméras de plaques d’immatriculation à IA, et pourquoi cela importe
Contrairement à une caméra de circulation traditionnelle qui ne capture une image que lorsqu’elle est déclenchée par un événement précis, les systèmes LAPI photographient en continu chaque véhicule qui passe, vérifient la plaque dans des bases de données et stockent le résultat. Multipliez cela par l’ensemble des intersections et autoroutes d’une ville, et les services de police se retrouvent à détenir un registre continu de l’endroit où des milliers de véhicules se sont trouvés, à quel moment et à quelle fréquence.
C’est précisément cette échelle qui inquiète les défenseurs de la vie privée. Un simple scan d’une seule plaque n’est pas particulièrement révélateur. Mais une archive consultable des déplacements d’une personne sur des semaines ou des mois, constituée sans mandat ni soupçon individualisé, est une tout autre affaire. Les groupes de défense des libertés civiles et les juristes ont décrit ce type de suivi agrégé comme une forme de surveillance de masse, même lorsque chaque point de donnée individuel semble anodin.
Les allégations d’usage abusif alimentent la réaction négative
Ce qui a transformé le déploiement des LAPI à Montréal d’un débat politique en controverse publique, ce sont les rapports indiquant que des agents avaient utilisé le système à des fins bien au-delà de son champ d’application prévu, notamment pour suivre des ex-conjoints et des collègues plutôt que pour mener des enquêtes actives. Les journalistes ont également découvert que les capacités des caméras allaient plus loin que ce que la police avait publiquement reconnu, soulevant des questions sur la transparence et le contrôle interne.
L’affaire s’est également entremêlée avec une controverse distincte impliquant la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, dont le véhicule a été saisi par la police, une mesure à laquelle elle s’est opposée au milieu d’accusations de profilage racial. Bien que cet incident précis soit distinct du déploiement des LAPI, les deux histoires alimentent la même conversation publique plus large sur la marge de manœuvre que la police devrait avoir dans le déploiement d’outils de surveillance et sur sa responsabilité lorsque les choses tournent mal.
Un schéma qui dépasse Montréal
Montréal n’est pas un cas isolé. Aux États-Unis, les agences de forces de l’ordre ont étendu leurs déploiements de LAPI pour scanner des milliards de déplacements de véhicules chaque année, suscitant des avertissements similaires selon lesquels cette technologie confère aux services de police un pouvoir démesuré avec un contrôle indépendant limité. En Caroline du Nord, par exemple, une récente disposition budgétaire de l’État a accordé au Bureau d’enquête de l’État un nouveau pouvoir pour suivre les conducteurs sur les routes gérées par l’État à l’aide de caméras de plaques à IA, une mesure détaillée dans Le budget de la Caroline du Nord permet au SBI de suivre les conducteurs via les plaques d’immatriculation à IA.
La préoccupation sous-jacente fait écho aux débats qui se déroulent autour d’autres outils de surveillance par IA. En Inde, les systèmes de reconnaissance faciale déployés lors de manifestations ont fait l’objet de contestations judiciaires après avoir signalé des milliers de participants, comme on le voit dans des affaires telles que La reconnaissance faciale de la police de Delhi signale 2 900 personnes lors d’une manifestation et la question plus large de savoir si de tels déploiements ont un quelconque fondement juridique réel. Technologie différente, même tension sous-jacente : des outils de surveillance puissants et toujours actifs qui avancent plus vite que les lois censées les régir.
Ce que cela signifie pour vous
Si vous conduisez dans une ville qui utilise des caméras de plaques d’immatriculation à IA, que ce soit Montréal ou ailleurs, vos déplacements pourraient déjà être enregistrés dans une base de données que vous ne pouvez pas consulter. La plupart des juridictions n’exigent pas que la police avise les résidents lorsque des systèmes LAPI sont installés, et les politiques de conservation varient considérablement, de quelques jours à un stockage indéfini. Le cas de Montréal montre que même une infrastructure de surveillance bien intentionnée n’est digne de confiance que dans la mesure des contrôles internes qui régissent qui peut y accéder et pourquoi.
Pour les résidents ordinaires, le risque pratique n’est généralement pas une arrestation injustifiée. C’est l’érosion de l’anonymat dans les espaces publics et la possibilité d’un usage abusif par des personnes ayant accès au système, exactement le genre de scénario que les journalistes ont mis au jour à Montréal.
Points à retenir concrets
- Vérifiez si votre service de police local utilise la technologie LAPI et quelle est sa politique publiée en matière de conservation et d’accès ; nombreux sont ceux qui publient ces informations publiquement sur demande.
- Soutenez ou suivez les initiatives locales de transparence et de contrôle, car la pression publique a déjà conduit à des changements de politique à Montréal.
- Si vous êtes préoccupé par le fait d’être suivi, sachez que les caméras LAPI capturent les plaques quel que soit le VPN ou l’outil de confidentialité numérique que vous utilisez en ligne ; c’est une question de surveillance dans le monde physique, pas une question de réseau.
- Restez informé des débats législatifs dans votre région, car les décisions concernant les caméras de plaques à IA sont de plus en plus prises au niveau budgétaire de l’État ou de la municipalité avec une participation publique limitée.
Le débat sur les caméras de plaques d’immatriculation à IA ne disparaîtra pas. Alors que de plus en plus de villes adoptent cette technologie, le cas de Montréal rappelle que le contrôle, la transparence et des règles claires sur l’utilisation des données comptent tout autant que la technologie elle-même.




