L’avertissement d’un ancien agent, vu de l’intérieur du système

Un ancien policier de Pawtucket, Noel Pichardo, s’inquiète des caméras Flock Safety, ces lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation (LAPI) qui se sont discrètement imposés dans les villes et villages du pays, y compris dans tout l’État de Rhode Island. Fort d’une expérience directe de l’utilisation de cette technologie par les forces de l’ordre, Noel Pichardo estime que le public doit « avoir cette conversation » sur ce que ces caméras surveillent, qui peut accéder aux données et combien de temps elles sont conservées, avant que les communautés n’en perdent totalement le contrôle.

Sa mise en garde intervient alors que les caméras Flock se multiplient rapidement dans la Blackstone Valley, à Rhode Island, et au-delà, souvent installées sans véritable débat public sur la supervision ou la responsabilité. C’est précisément ce qui inquiète Noel Pichardo : une technologie adoptée pour un objectif limité, comme localiser un véhicule volé ou un suspect recherché, peut discrètement se transformer en une infrastructure capable de suivre les déplacements quotidiens de toute personne passant devant une caméra, coupable ou non.

Comment fonctionnent réellement les caméras Flock

Les systèmes LAPI de Flock Safety sont montés sur des poteaux aux intersections, le long des autoroutes et dans les quartiers, photographiant silencieusement chaque plaque d’immatriculation qui passe. Chaque lecture est enregistrée avec un horodatage, un lieu et une description du véhicule, puis stockée dans une base de données interrogeable par les services de police. Contrairement à une simple caméra de surveillance qui filme une seule intersection, un réseau de ces appareils maillant une ville ou une région peut reconstituer une chronologie détaillée des déplacements d’un véhicule donné : où, quand et à quelle fréquence.

C’est cette capacité qui est au cœur des préoccupations liées à la surveillance de masse. Un seul lecteur de plaques est un outil d’enquête modeste. Des centaines d’entre eux, reliés en réseau et partageant leurs données entre juridictions, commencent à ressembler à un système de suivi qui fonctionne indépendamment de tout soupçon individuel ou de tout mandat. L’argument de Noel Pichardo n’est pas que cette technologie n’a aucune utilité pour résoudre des crimes, mais que l’ampleur et la permanence de la collecte de données ont dépassé les règles qui régissent qui peut les consulter, combien de temps elles sont conservées et ce qu’il advient en cas d’utilisation abusive ou de fuite.

Pourquoi les lacunes en matière de supervision sont d’autant plus importantes que l’adoption s’accélère

La prolifération rapide et largement non réglementée des réseaux de LAPI reproduit un schéma observé avec d’autres technologies de surveillance déployées par la police et les agences gouvernementales dans le monde. À New Delhi, par exemple, des fourgons de reconnaissance faciale en direct stationnés près de lieux de manifestation ont suscité des inquiétudes similaires en scannant et en identifiant les visages des manifestants en temps réel, souvent sans cadre juridique clair. Des signalements de fourgons de surveillance équipés d’IA observant des manifestants ailleurs montrent la même dynamique : un outil justifié comme une mesure de sécurité publique devient peu à peu un mécanisme de suivi de personnes participant à une activité quotidienne et légale.

Le point commun est que l’infrastructure de surveillance a tendance à s’étendre plus vite que les politiques censées l’encadrer. Une fois qu’un réseau de caméras, une base de données de reconnaissance faciale ou une archive de plaques d’immatriculation existe, la tentation de l’utiliser à des fins dépassant sa mission initiale grandit – qu’il s’agisse de contrôle de l’immigration, de traçage d’activités politiques ou de constitution de profils sur des citoyens n’ayant rien fait de mal. Les politiques de conservation des données, les pistes d’audit et des limites claires quant aux personnes pouvant interroger le système sont les garde-fous qui déterminent si un outil reste ciblé ou se transforme en une forme de surveillance généralisée.

Ce que cela signifie pour vous

Si vous vivez dans une communauté où des caméras Flock ou des systèmes LAPI similaires ont été installés, vos habitudes de conduite quotidiennes sont probablement déjà enregistrées quelque part, même si vous n’avez jamais été soupçonné d’aucun délit. Ces données ne disparaissent pas une fois l’enregistrement effectué. Selon la politique locale, elles peuvent être conservées pendant des semaines, des mois, ou être partagées avec d’autres agences totalement hors du contrôle de votre communauté.

Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu de police. Cela reflète une tendance plus large où des données collectées dans un but affiché sont réutilisées, agrégées ou exposées bien au-delà de ce à quoi quiconque avait consenti – une préoccupation qui fait écho à des incidents récents impliquant une exposition de données à grande échelle, où des informations recueillies à des fins commerciales courantes se sont retrouvées entre de mauvaises mains. La leçon est la même, quel que soit le collecteur de données : plus il en existe, plus elles deviennent précieuses et vulnérables.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Les habitants préoccupés par l’expansion des LAPI dans leur région peuvent assister aux réunions du conseil municipal ou de la commission de police locales, où les contrats concernant les caméras et les accords de partage de données sont généralement approuvés. Posez des questions précises : combien de temps les images sont-elles conservées, quelles agences extérieures peuvent y accéder et existe-t-il un processus d’audit indépendant ? De nombreuses villes publient en ligne les politiques relatives aux caméras Flock ou les fournissent sur demande, dans le cadre d’une demande d’accès à des documents publics.

Sur le plan personnel, vous ne pouvez pas faire grand-chose pour éviter le suivi par LAPI sur la voie publique, mais vous informer sur la manière dont votre municipalité utilise et partage ces données est la première étape vers un contrôle significatif. Comme le suggère l’avertissement de Noel Pichardo, l’objectif n’est pas d’interdire purement et simplement des outils d’enquête utiles, mais de s’assurer qu’une capacité de surveillance de masse ne se construise pas par inadvertance, une caméra à la fois, sans que le public n’y ait jamais consenti.